Transformer les découvertes génétiques en traitements concrets pour les enfants atteints de cancer

Publié sur : avril 29, 2026

Depuis plus d’une décennie, le Canada est à l’avant-garde du séquençage des cancers infantiles, permettant ainsi d’acquérir des connaissances génétiques et moléculaires approfondies sur certaines des maladies les plus complexes. Mais, pour de nombreuses familles, ces connaissances s’accompagnent d’une réalité difficile : en savoir plus sur une tumeur ne veut pas toujours dire être capable de la traiter.

« C’était la pièce manquante du casse-tête », a déclaré Daniel Morgenstern, responsable des essais cliniques à The Hospital for Sick Children et coresponsable des essais cliniques d’ACCES. « Nous sommes capables depuis des années d’identifier des mutations susceptibles d’être ciblées; le défi était de réaliser des essais cliniques pour donner suite à ces découvertes. »

LPROFYLE, le projet national d’ACCES visant à faire progresser l’oncologie de précision, a permis d’analyser à la fois l’ADN et l’ARN de tumeurs provenant d’enfants atteints de cancers difficiles à soigner. Ces efforts produisent d’énormes quantités de données qui doivent être interprétées pour déterminer les voies biologiques pouvant être ciblées par des médicaments. Mais sans essais cliniques donnant accès aux nouveaux traitements ciblant ces voies, il est souvent difficile de traduire les découvertes moléculaires en améliorations concrètes en matière de soins aux patients.

« Nous sommes en fait devenus très doués pour déchiffrer ce qui se passe dans une tumeur », a expliqué Rebecca Deyell, hématologue-oncologue pédiatrique au BC Children’s Hospital et coresponsable des essais cliniques d’ACCES. « Le véritable fossé réside dans la capacité à utiliser ces renseignements pour traiter les patients avec des thérapies concrètes ». Aujourd’hui, OPTIMISE, un essai clinique soutenu par ACCES, comble ce fossé en reliant directement les résultats de séquençage aux options de traitement.

Contrairement aux essais traditionnels qui permettent de tester un seul médicament sur un seul groupe de patients, OPTIMISE fonctionne comme une plateforme d’essais. Grâce à un protocole-cadre unique, nous pouvons mettre à l’essai plusieurs traitements simultanément, en orientant les patientes vers des parcours de soins en fonction des caractéristiques moléculaires de leur tumeur. « C’est beaucoup plus efficace », a expliqué Daniel Morganstern, qui occupe le poste de président canadien de l’étude OPTIMISE. « Au lieu de lancer une nouvelle étude à chaque fois, nous pouvons ajouter de nouvelles voies de traitement sous forme d’amendements. » Cette flexibilité est essentielle en oncologie pédiatrique, où les ressources et le temps sont limités.

Au-delà des traitements individuels, OPTIMISE crée une infrastructure nationale pour les essais cliniques en oncologie pédiatrique de précision. Plutôt que de créer des études à partir de zéro, de nouvelles thérapies peuvent être intégrées à un système existant, ce qui accélère le processus et le rend plus intéressant pour les partenaires. « L’un des plus grands défis a été de convaincre l’industrie que nous pouvons mener ces études efficacement. Avoir cette plateforme au Canada change la donne », a partagé Rebecca. « Grâce aux programmes de soutien aux patients et aux options croissantes de suivi décentralisé, nous sommes en mesure de recruter des participants dans tout le pays dans l’espoir de rendre l’accès plus équitable sur notre vaste territoire. »

OPTIMISE élargit également la définition de la médecine de précision. Alors que de nombreuses approches se concentrent sur les mutations de l’ADN, cet essai intègre le profilage de l’ARN tumoral pour comprendre comment les gènes sont activement exprimés. Dans un bras de l’étude, les chercheuses et chercheurs identifient les tumeurs « immunologiquement actives » — celles riches en cellules immunitaires — qui pourraient mieux répondre à l’immunothérapie. « Nous utilisons les données d’ARN pour prédire quels patients pourraient bénéficier des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires », a déclaré Rebecca. « Lorsqu’on traite des cas non sélectionnés, les taux de réponse sont faibles, mais, dans de rares cas, certains patients répondent très bien. L’objectif est d’identifier ces patients dès le départ et d’améliorer les résultats tout en évitant les traitements inutiles. »

La participation du Canada à l’essai clinique OPTIMISE a été rendue possible grâce au partenariat et à la collaboration de plusieurs organisations, établissements et personnes au Canada, mais surtout, en Australie. « Le Canada et l’Australie se trouvent dans une situation similaire », a ajouté Daniel. « Nous ne sommes ni les États-Unis ni l’Europe, où se déroulent la plupart des essais. » En collaborant, les deux pays peuvent recruter suffisamment de patients pour mener des études pertinentes et élargir l’accès à de nouveaux traitements.

David Ziegler, directeur des essais cliniques au Sydney Children’s Hospital et à KOALA, et président australien d’OPTIMISE, a souligné l’importance de cette approche. « Les programmes tels qu’OPTIMISE constituent la prochaine étape de l’oncologie de précision, où les connaissances génomiques ne sont pas seulement générées, mais systématiquement reliées aux essais cliniques. La collaboration internationale est essentielle si nous voulons proposer des traitements véritablement personnalisés aux enfants, quel que soit leur lieu de résidence. »

De plus, l’essai accorde la priorité à l’expérience des patients. Il inclut des résultats rapportés par les patients, permettant aux familles de partager l’impact direct des traitements sur leur vie. « C’est extrêmement précieux; ce que ressentent les patients ne correspond pas toujours à ce que les cliniciens consignent », a ajouté Rebecca.

OPTIMISE incarne les missions d’ACCESS et de l’ANZCHOG (le groupe australo-néo-zélandais d’hématologie et d’oncologie pédiatriques). En reliant la découverte au traitement, OPTIMISE complète le parcours de la médecine de précision, du séquençage à la prise en charge en passant par l’analyse des données. Encore à ses débuts, la plateforme est conçue pour évoluer au fil du temps, en ajoutant continuellement de nouvelles thérapies et en élargissant les options pour les enfants atteints de cancers récidivants ou difficiles à traiter. « Pour les enfants atteints d’un cancer récidivant, le simple fait d’avoir une autre option est significatif », a déclaré David Ziegler.

Dans un domaine où les progrès sont souvent incrémentiels, OPTIMISE représente un changement structurel, qui rapproche la découverte scientifique de son impact dans le monde réel et, en fin de compte, apporte de l’espoir aux enfants atteints de cancer.

L’essai OPTIMISE a été rendu possible grâce au soutien essentiel de la Société de recherche sur le cancer, de Stand Up 2 Cancer, des Instituts de recherche en santé du Canada, d’ACCES et de l’Australian Medical Research Future Fund. L’étude est parrainée à l’échelle mondiale par l’ANZCHOG, le Conseil C17 assurant la coordination réglementaire pour le Canada.